lundi 19 octobre 2015

Atréides, Leto II, Mémoires de


Atréides, Leto II, Mémoires de

     La collection de 2126 volumes écrits sur cristaux riduliens, cachés dans le premier non-globe Ixien, contient les écrits conservés de Leto II, l'Empereur-Dieu; c’est la bibliothèque découverte et conservée à Dar-es-Balat et connu sous le nom du Magot de Rakis. Chacun des Mémoires se compose d'un millier de feuilles de 50 x 30 cm de papier cristal ridulien imprimées par un dictatel Ixien et reliées entre elles par des couvertures dures d’aggloméré ridulien. En raison de l'extrême minceur du papier (le cristal ridulian peut être transformé en feuilles de seulement quelques molécules d'épaisseur) les volumes ne sont épais que de 1,5 cm seulement. Des charges statiques, intégrées à la tranche du volume, empêchent les pages de se toucher entre elles et aident le tourneur de page automatique. Sur la totalité - chacun des volumes sur cristal ridulian nécessiterait l’équivalent de quarante volumes sur papier de taille ordinaire - une telle collection écrite par un même auteur est impressionnant; mais, étant donné la nature de cet auteur, cela devient écrasant, historiquement parlant. Du premier au dernier, ces livres enregistrent 3.500 ans d'histoire et ruminations autobiographiques d’un auteur qui vécut tout ce temps. Leur importance ne peut être surestimée, comme le montrent toutes les citations utilisées dans cette encyclopédie.

     Il est impossible de résumer, même brièvement, le contenu, même d’une fraction, de ces volumes. Jusqu'au moment où il deviendra possible de publier une traduction complète (et un ensemble de cent volume des extraits ne sera pas prêt à être publié avant trois ans) en attendant, il faudra se contenter de cela. Malheureusement, seuls les points les plus importants peuvent être traités compte-tenu du peu d’espace disponible; des analyses plus approfondies viendront certainement plus tard.

     Les révélations les plus fascinantes contenues dans le Magot de Rakis sont celles se rapportant à l'Empereur-Dieu lui-même. En raison de l'histoire orale et les enseignements de l'Église du Dieu Fractionné, l'humanité a déjà eu deux points de vue de Leto II : Le tyran inhumain et le Dieu tout-puissant. Maintenant, ses volumes offrent un troisième point de vue, celui qui sera sans aucun doute difficile à concilier avec les deux précédents. Le Seigneur Leto, paraît-il, ne possédait pas la prescience infaillible ; il pouvait subir des distorsions de sa vision de l'avenir, non seulement lorsqu'elle traitait de personnes « manquantes » que son programme génétique produisait, mais aussi lorsqu’il tentait de voir le futur extrême.

     Il craignait également que le temps fausse sa réputation. De nombreuses références témoignent de l'anxiété qu’il éprouvait à se justifier, lui et son règne, comme nous pouvons le lire dans un enregistrement solido du catalogue de Référence de Rakis 1-A42 :

 

« Toi qui es le premier, depuis quatre mille ans au moins, à faire connaissance avec ma chronique, prends garde. Ne te crois pas privilégié de lire avant tout le monde les révélations de mon magasin d’Ix. Tu y trouveras matière à beaucoup de douleur. A part quelques coups d’œil indispensables pour m’assurer de la continuité du Sentier d’Or, je n’ai jamais voulu prolonger mon regard au-delà de ces quatre millénaires. Par conséquent, j’ignore quelle signification exacte pourront revêtir à ton époque les événements relatés dans ces mémoires. Je sais seulement que mes écrits ont été oubliés et que les faits qui y sont rapportés ont sans nul doute été soumis à la distorsion historique depuis une éternité. Je puis t’assurer que la capacité de discerner les routes de nos avenirs devient quelquefois fastidieuse. De même qu’être considéré comme un dieu, comme je l’étais sans conteste, peut être une source d’indescriptible lassitude. Il m’est plus d’une fois venu à l’idée que l’ennui divin était une raison valable et suffisante pour que soit inventé le libre arbitre ». 

 

     Une grande partie des écrits constituant les Mémoires a été rédigée sur le même mode introspective, et c’est en étudiant quelques passages prélevés au hasard dans la collection que l’on peut observer cette tendance dans les écrits du Seigneur Leto. Dans ses premiers écrits on remarque une tendance à tout vouloir noter, même les événements les plus insignifiants – des rébellions mineurs réprimées par exemple, dans des villes qui disparurent au cours du règne de l'Empereur-Dieu - les volumes ultérieurs contiennent des éléments plus autobiographiques et des anecdotes concernant les «voix intérieures» ou mémoires ancestrales avec qui Leto partageait souvent sa conscience .

     Un autre changement peut être observé lorsque ces extraits sont soigneusement lus. Durant les premiers siècles qui suivirent son acceptation de la peau de truites des sables qui le métamorphosaient, l'Empereur-Dieu évita d’écrire sur sa transformation ou de ses propres sensations. Les auto-descriptions deviennent plus fréquentes dans les écrits portant sur les deuxième et troisième millénaires de son règne, et restent cliniques jusqu’à une période bien avancée du troisième millénaire.Ce n’est que dans les volumes écrits au cours des deux cents dernières années du règne de Leto que le lecteur découvre les propres sentiments de l'Empereur-Dieu à propos de la métamorphose de son corps. Un des meilleurs exemples provient aussi de la CRR 1-A42:

 

     « J’ai ordonné que tous les miroirs soient retirés de la Citadelle. Mes serviteurs s’en étonnent mais n’en disent mot ; ils savent qu’il est inutile d’essayer de comprendre Dieu.

     Plus grande encore serait leur surprise si, après avoir surpris des reflets de moi-même dans les miroirs du grand hall d’entrée, j’avais suivi ma première impulsion et les avais fait voler en éclats d’un seul coup de l’un de ces nombreux segments de mon corps qui me retiennent prisonnier. Mais cette farce grotesque a un but, aussi sûrement que les siècles que j’ai vécus jusque là en ont un. Ils préviennent un coup encore plus grand, un coup irréparable.

     Je dois me souvenir de ceci ».

 

     A la lumière de ces preuves de l'humanité perdue de l’Empereur-Dieu, la référence qu’il fait dans ses Mémoires à propos de la douleur pour le lecteur peut ainsi être prouvée. Il est difficile d'éviter de sympathiser avec quelqu’un qui peut craindre son propre reflet, bien qu'il contrôle l'univers connu.

     Des informations concernant d'autres membres de la Maison Atréides - en particulier, le père de l’Empereur-Dieu, Paul Muad’Dib, et sa tante, Dame Alia – sont aussi apparues au cours de la traduction des Mémoires. Leto révèle, par exemple, qu'il ne fut pas le premier à qui le Sentier d’Or fut révélé ou a qui la transformation fut proposée et qu’il accepta. Il dit que son père avait du faire face au même choix plusieurs années avant la naissance de Leto, mais qu’il avait choisi de prendre une voie différente. (Les effets du Jihad de Muad'Dib et la Paix de Leto sur l'humanité devront être évalués avant qu’une opinion puisse être émise sur le meilleur choix).

     Il délivre également un des – rares avis sympathiques sur Dame Alia Atréides. Il était dans une meilleure position que tout autre historien de le faire; Non seulement il avait échappé à la possession qui frappa sa tante en forgeant une alliance interne dans laquelle il était la force dominante (une méthode qui ne différait pas beaucoup de celle d’Alia, comme on pourrait le croire), mais il avait accès à la même personnalité ancestrale qui avait détruit Alia. Dans la communauté des voix de Leto, le baron Harkonnen fut maintenu fermement sous contrôle, mais Leto avait pu se faire une idée de la manière dont sa tante avait pu être submergée.

     Comme un trésor de données historiques,  les Mémoires sont incomparables. Par exemple, l'histoire orale regorge de descriptions des descendants Atréides « l’extrême sensibilité au mélange et les effets sur leurs mémoires ancestrales ». La raison de cette sensibilité avait été entourée de mystère depuis les premiers siècles du règne du Seigneur Leto (du moins au yeux de grand public, la communauté Bene Gesserit ne l'oublia jamais, s’était-il dit) jusqu'à la découverte des Mémoires qui la révéla. Une description complète peut être trouvée dans les entrées relatives à l'Empereur-Dieu et à sa mère, Dame Chani, mais le phénomène connu sous le nom de pré-né fut provoqué par une combinaison de facteurs génétiques et la toxicomanie maternelle au mélange. Parce qu’elles descendaient d’un pré-né, toutes les générations Atréides suivantes possédaient la capacité d’avoir  un contact avec leurs « voix intérieures » sous l'influence de l'épice. Des rapports trouvés dans les Mémoires indiquent que cette prise de conscience forcée faisait partie de l'épreuve à laquelle Leto soumettait ses futurs administrateurs Atréides, et que près d'un tiers de ceux qui subissaient le test de l'épices décédaient ou devenaient fous quand la nouvelle prise de conscience les submergeaient. (Ce pourcentage n'a que légèrement baissé au cours des millénaires de sélection minutieuse, c’est pourquoi Leto gardait un certain nombre de candidats de second choix en réserve à chaque fois qu’il testait l’une des nouvelles lignées génétiques.)

     La publication éventuelle de tous les Mémoires et l'afflux de nouveaux résultats, n’affectera pas seulement le monde universitaire, mais aussi l'histoire orale, qui servit de jonction avec les Mémoires volés comme base de la loi et de la coutume sur tous les mondes connus, subiront un reexamen poussé. L'Eglise du Dieu Fractionné, et par extension ses milliards d'adeptes, ont déjà été profondément affecté par les informations déterré à Dar-es-Balat, comme en témoignent les nouvelles directives concernant le statut de la Sainte Sœur Quintinius Violet Chenoeh et de Nayla la Traîtresse.

     Il ne nous sera plus donné de voir, de notre vivant, les effets du Magot de Rakis sur la société que nous connaissons - et peut-être pas durant plusieurs générations. En ce qui concerne leurs effets continus, une expression Bene Gesserit populaire - vient le plus naturellement à l'esprit : "Chaque jour, parfois chaque heure, apporte le changement."

 

Autres références:

  • Atréides, Leto II ;
  • Atréides, Dame Chani ;
  • Atréides, Dame Alia ;
  • Rakis, la découverte ;
  • Dictatel ;
  • Chenoeh, sainte sœur Quintinius Violet ;
  • Nayla ;
  • Mémoires volés ;
  • Alan Bartke, Enquête sur Ix. Technologie, de 10900 à 13500 (Enfin: Mosaïque);
  •  T.b. Jones, Les horizons passés : la découverte de la Bibliothèque impériale sur Rakis, Arrakis études (1 Grumman: Worlds Unies);
  • Adib'l-Haddad, Chute dans le passé, les études Arrakis 17 (Grumman: Worlds Unies).
     

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