lundi 19 septembre 2016

La Bible Catholique Orange (BCO)

La Bible Catholique Orange (BCO)
L’écriture sainte fondamentale de l’Impérium
[L’essai suivant est attribué à Pau Muad’Dib, et c’est l’une des rares œuvres complètes de ce personnage historique que l’on ait retrouvé dans le Trésor de Rakis. Paul était connu pour son intérêt profond pour la BCO, et ses préceptes ont joué un rôle important dans sa vie légendaire – ed].

  Le mouvement de l’humanité, par le biais de l’espace lointain donna un cachet unique à la religion au cours des cent dix siècles qui précédèrent le jihad butlérien. Le voyage dans l’espace se répandit très tôt, bien qu’il fut non réglementé, lent et dangereux. Avant le monopole de la Guilde, il se faisait par des méthodes incongrues, par une expansion de vagues successives et des croisements de grandes migrations de population. Le voyage dans l’espace ne fut pas entrepris à la légère. Une expérience une fois dans une vie était bien assez pour la plupart des gens qui étaient chassés et qui devaient, par nécessité, s’engager dans le vide sombre qu’était l’espace.
  Depuis le début des voyages, l’espace donnait une saveur et un sens différent aux idées de création. La genèse est un sombre mystère. La différence se voyait même dans les accomplissements religieux de cette période. Dans toutes les religions, le sentiment sacré était touché par l’anarchie de l’obscurité extérieure. Comme l’un de nos historiens le plus poétique, bien qu’anonyme, l’a si bien dit : « c’était comme si Jupiter dans toutes ses formes de descendance se retirait dans l’obscurité matérielle et était remplacé par une entité femelle pleine d’ambiguïté et avec le visage de toutes les terreurs.
  Les formules anciennes se mêlaient et s’entrelaçaient car il fallait qu’elles s’adaptent aux besoins des nouvelles conquêtes et aux nouveaux modèles héraldiques. Ce fut une période de lutte entre bêtes et démons d’un côté, et les vieilles prières et invocations de l’autre, où aucune décision claire n’était prise, mais où il y avait d’innombrables adaptations, certaines plus grotesques que d’autres. L’évolution de l’histoire des religions dans l’espace est vaste.
  Au cours du début de la période des voyages dans l’espace, la genèse 1 :28, fut réinterprétée, permettant à Dieu de dire : « croissez et multipliez et remplissez l’univers et soumettez-le pour régner sur toutes sortes de bêtes étranges et d’êtres vivants dans l’espace, sur les terres infinies et sous elles ». Ainsi, l’idée de Dieu se répandait avec l’idée de l’histoire. Les questions eschatologiques contraignaient à s’éloigner encore plus en termes de « temps réel » et on était forcé (bien qu’aucune spéculation ne rejette la peur et l’espoir) de céder à des problèmes plus immédiats. Donc l’idée de Dieu diminuait et ouvrait la voie à tous ceux qui pouvaient offrir des promesses d’avenir immédiat (ou qui faisaient semblant de pouvoir le faire) basé sur un développement de puissantes arcanes divinatoires.
  Ce fut le temps des sorcières dont les pouvoirs étaient réels. Des femmes qui avaient le pouvoir de contrôler et d’ajuster leur corps et leur esprit au rythme de l’histoire, qui saisirent leur chance pour dominer les populations mondiales. Ce fut le temps des déesses comme Kubebe de Komos, Hawt de Humidis, Serite l’omnisciente du groupe de Wallach dont le culte s’étendit à plusieurs planètes, Veaera de Gamont, et bien d’autres. Ce fut le temps où Kali dévoila plusieurs de ses faces les plus redoutables pour régner en maître sur la destinée des hommes. Le pouvoir des sorcières-prêtresses qui servaient ces autels est manifeste dans le fait qu’elles n’ont jamais rien revendiqué, elles avaient saisi le tison à pleines mains. Non contentes de leur domination sur les planètes uniques, elles virent les avantages à se réunir (et à réunir leur propre forme de mouvement œcuménique) afin de pouvoir façonner l’univers. C’est ainsi que pu s’épanouir le pouvoir Bene Gesserit et la mise en place de leur programme d’élevage.
  Puis vint le jihad butlérien, causant des générations de chaos. Le dieu de la machine logique fut renversé par les masses, et un nouveau concept émergea : « L’homme ne peut pas être remplacé ». La campagne fut commanditée par le Bene Gesserit qui voyait un moyen d’éradiquer un pouvoir rival afin de contrôler le futur. Ces générations de violence furent une pause thalamique pour toute l’humanité. Les hommes les plus perspicaces regardèrent leurs dieux et leurs rituels et virent que les deux formaient la pire des équations : la crainte au-dessus de l’ambition.
  Il était alors temps pour un nouveau mouvement œcuménique, plus grand, de commencer. Avec hésitation, les chefs des religions, dont les adeptes avaient versé le sang de milliards d’entre eux dans les purges planétaires et les guerres interplanétaires, commencèrent à se réunir pour échanger leurs points de vue. Ce fut un geste encouragé par la Guilde qui commençait à constituer son monopole sur les voyages interstellaires grâce à la supériorité de ses navigateurs, et par le Bene Gesserit qui prévoyait d’accroître ses possibilités pour faire avancer ses propres plans, bien que ses espoirs ne fussent pas tous réalisés.

  De cette première rencontre œcuménique, deux sujets majeurs émergèrent :

1.      La reconnaissance que toutes les religions avaient un commandement en commun : « tu ne défigureras pas l’âme ».
2.      La Commission des Traducteurs Œcuméniques (CTŒ).

  « Tu ne défigureras pas l’âme » ; mais qui pouvait décider d’où commencerait et où finirait cette déformation ? Les fremen croyaient que la terre de naissance faisait de vous ce que vous êtes. « Y a-t-il des animaux étranges sur votre planète ? » demandaient-ils. Les fremen eux-mêmes se considéraient comme défigurés, avec leurs yeux bleus sur bleu, le signe de leur dépendance à l’épice, leurs coutumes cruelles et secrètes, leurs orgies de sietch et leur culte de shai-Hulud, qui étaient des signes suffisant pour la plupart des gens qu’ils étaient (en reprenant les mots tirés de leurs propres textes) les propriétaires de cœurs malades. Mais il y avait beaucoup d’individus admirables parmi les fremen. L’abomination intervenait dans le cœur ou l’âme ; elle ne s’imposait pas sans raison. Soyons assez humble pour reconnaître en toute équité que notre aspect physique ne peut influer sur la défiguration de l’âme, mais cette défiguration se tient à l’affût et peut même nous arriver sans que nous en ayons connaissance ou sans notre consentement.
  L’expérience enregistrée de Muad’Dib, d’Alia, et partiellement celle de Leto II, donna une nouvelle impulsion à l’étude théologique de la psychosomatique et mit également l’accent sur la préoccupation eschatologique déterminante (qui était vue à travers un paradis, le ciel et l’enfer ou le nirvana) par rapport à la psychomachie (ou « psychomachiavélisme », un ensemble spirituel que l’on appelait Miiarz) et à ses conséquences sur la politique des puissants de ce monde. Cela relançait également le culte propitiatoire de leurs ancêtres. Ces problèmes ne troublèrent pas les esprits de la CTŒ pour qui Dieu était sans risque et ne transcendait pas une vie vermiculaire réelle. Je m’exprime librement parce que je sais que ces mots seront enterrés profondément pour les générations futures. Alors qu’aujourd’hui, les hommes sont profondément et humainement intéressés par l’idée d’avoir un grand destin dans l’univers ; le religieux demande des conseils divins et craint les interférences démoniaques.

Le contenu de la Bible Catholique Orange
  La Bible Catholique Orange est plus qu’une fusion révisée des Saintes Ecritures anciennes. Elle a considérablement élargi les canons traditionnels, bien qu’elle les ait également abrégés et réorganisé. Elle fut écrite en même temps que le Manuel Liturgique et les Commentaires.
  La BCO reflète le mélange des traditions écrites des religions qui avaient existé et qui s’étaient propagées sur des centaines de planètes pour des raisons de commodités. La nouvelle fusion dramatique produisit une inévitable impression de dislocation sur beaucoup de lecteurs. Pour compenser cela, un index complet et un classement marginal furent fournis. De plus, dès le départ, il avait été prévu que chaque planète devait fournir ses propres textes, même s’il était bien sûr impossible d’avoir toutes les éditions, cela provoqua des malentendus. La très vaste étendue du nouveau recueil, transmettait son message œcuménique : « Votre foi était, jusqu’ici, trop petite ». La CTŒ affectionnait particulièrement l’idée d’harmonisation qu’elle considérait comme une activité œcuménique. Les traducteurs ne se mettaient pas en avant car leur but n’était pas de suggérer que les textes et les dispositions précédentes avaient une autorité spéciale. Ainsi, ils garantissaient du travail à la génération suivante de chercheurs qui étaient occupés à réunir cette merveilleuse bibliographie que représentait Le Livre d’Azhar, qui réunissait les grands secrets des religions les plus anciennes et qui reprenait les textes depuis leurs origines.
  Avec l’aide du Livre d’Azhar, nous pouvons voir une sorte de processus d’harmonisation qui rendait les vieux textes strictes de la Bible, du Coran, et ainsi de suite, plus souples pour se mélanger entre eux. Certains textes (qui étaient curieusement les plus populaires) s’avérèrent très réfractaires au changement. Le Livre de Job traversa la fournaise et en ressorti presque indemne pour des raisons inconnues, il en fut de même pour Le Prêcheur. La Révélation (qui ne doit pas être confondue avec Les Révélations), resta tout à fait inchangée, à cause de l’épuisement de la CTŒ qui examina ce vieux canon biblique en dernier ou à cause de la grande menace que contenait le dernier chapitre, cela demeure.
  Dans l’Ancien Testament et Le Nouveau Testament, il y avait généralement une grande simplification, ce qui évidemment, réduisait le nombre de livres qui restaient, ainsi que la condensation de leur contenu, et cela pouvait se voir dans les textes non mélangés. Les livres qui restèrent étaient, La Genèse, L’Exode, Les Lois, Les Promesses, Les Rois, Les Réfugiés, Le Travail, Les Psaumes, Les Proverbes, Le Prêcheur, Les Prophètes, L’Evangile, Les Apôtres, Les Epitres et La Révélation. L’omission la plus controversée des canons bibliques fut celle des Cantiques, également connu sous le nom de La chanson de Salomon (ou Le Cantique des Cantiques), qui avait néanmoins survécu et fut retranscrit dans divers autres textes de La Bible Catholique Orange, y compris dans l’Ecole des Visions noires et dans le Saari. Nous avons un signe dans les Mémoires de Bertoli qui explique cette omission : « Bomoko avait détesté le texte qui faisait dire à Saba « je suis noire mais avenante » - sa propre femme était noire et remarquablement laide, et on la suspectait plus ou moins, d’être attachée secrètement aux rituels de sorcellerie des Obeah, après qu’on l’ait vu une fois, chasser un poulet dans la jungle. Il est plus probable que bon nombre de représentants avaient reçu l’ordre de leur congrégation, de supprimer ce texte qui avait souvent embarrassé l’église et qu’en dépit de leur proclamation (qui naturellement fut mal comprise) « d’élaborer un instrument d’amour qui pouvait être joué de toutes les manières », les délégués avaient pris soin de produire un livre qui exprimait l’idée de l’amour, comme il devait être séculairement considéré. Il est peut être nécessaire, à cet égard, de rappeler à ceux qui connaissent les religions, que l’église de Cathola d’Erzulie et les Evangélistes Vatsyayana ne sont pas seulement des noms, et qu’il y a une grande différence dans les questions religieuses entre les professions et les pratiques.
  On peut considérer que le travail le plus difficile dans l’harmonisation fut la mise en place de l’Evangile, le premier des quatre à avoir été mis en place, au-delà de la concurrence des quatre Evangiles qui furent relégués à de simples noms et symboles. L’étude historique derrière cette tentative d’établir la vie de Jésus était une entreprise incontestablement immense, qui fut ou ne fut pas très bien maîtrisée par la CTŒ. Elle réduisait la vie de jésus à plusieurs vies des saints, des prophètes et des serviteurs de Dieu. Il est clair que la faction Mahométane dans la  CTŒ eu beaucoup à faire pour créer cette impression qui était parfaitement conforme avec les désirs de la CTŒ qui voulait déposséder toutes les religions de l’idée qu’elles possédaient une révélation unique précieuse. Quand ils virent l’effet que fit cette déclaration, à froid, dans le livre, toutes les personnes de confession sunislamique furent choquées de ce que leurs représentants avaient pu écrire en leur nom.
  Tous les livres historiques des Ecritures Judéo-Chrétiennes furent harmonisés, dans la mesure du possible (sinon plus), avec le Coran. Aux livres juridiques étaient additionnés la Torah, le Coran, les traditions Confucéennes, tandis que la sagesse littéraire des proverbes fut assimilée au taoïsme et aux maximes socratiques.
  Le Coran pur était représentée dans la BCO par les livres Saari et Kalima et le texte important de siret devrait également être mentionné ici, même si on soupçonne que cela fut ajouté par les traducteurs eux-mêmes qui étaient aux nombre des poètes publiés. Le Masnavi et les Traditions sont d’autres livres qui semblaient être largement islamiques dans leur composition.
  Parmi les traditions indoues et bouddhistes, on peut citer les livres suivants : Upanishads, Vedas, Puranas, Gita, Sutra, Bodhisatvara, Avatar a ; tandis que les livres Les Réponses Koan, Ohashi, Hui-Neng et Tao pouvaient plutôt être attribués aux traditions zensunni. D’autres sources anciennes venaient des livres l’Analects et le Pahlavi ; tandis que les livres d’Arran, l’Ecole des visions noires et les Révélations, étaient censés être d’origine plus récente, et le Livre des Cantiques est à la fois récent et ancien.
  Une des fonctionnalité les plus controversées, mais les plus utiles de la BCO fut l’addition aux écritures canoniques des livres de la vie des saints et les témoignages, sans lesquels nous ne saurions rien de l’histoire de nombreux saints, martyrs, fondateurs de sectes et missionnaires, et les récits des miracles aussi remarquable que n’importe lequel de ceux consignés dans les anciennes écritures. Les épreuves subies par les fidèles et leurs expériences mitigées du péché et de la rédemption sont une grande source de consolation mais aussi d’inspiration dans notre époque troublée.
  Une des décisions les plus difficiles pour la CTŒ ne fut pas le contenu de leur bible, mais celle de s’entendre sur un titre, il devait être bref, mais largement descriptif, refléter l’esprit œcuménique sans paraître exclusif et étriqué. Dans les Fragments de ses Mémoires, Bertoli fait référence à la Bible comme des écritures de « zenchrétien coranjyana » ou comme le « zenchrétien navacoran », mais après la quatrième année il semble que dans son esprit, un seul titre s’imposa, La Bible Catholique Orange, comme étant le nom que l’on devait lui donner. On suppose qu’une journée ou une semaine fut consacrée à régler ce qui devait devenir un sujet de litige embarrassant. Les termes « Orange » et « Catholique », semblaient pourtant refléter l’aspect le plus novateur et le plus rationnel plutôt que de montrer l’aspect conservateur et traditionnel des écoles de pensée ; parfois ils furent utilisés à la légère, comme on peut en juger par les remarques étranges de Bertoli – « C’est une déclaration catholique délicieusement pompeuse », « catholique est à voir », « tout à fait orange est le seul mot pour désigner cette absurdité », « pour un orange, ce petit acolyte de Bruin est tout à fait une pêche », « tous ces oranges sont des bananes » - des remarques pas tout à fait claires pour nous maintenant, mais certaines étaient tournées comme des jeux de mots. L’origine du terme Orange s’appliquait à un religieux sectaire, tombé dans l’oubli, mais sa signification religieuse est si importante aujourd’hui que peu se souviennent que c’est l’ancien nom d’un fruit appelé aujourd’hui portygul.
  Le Manuel Liturgique de la Bible Catholique Orange était une conséquence naturelle des pratiques observées fidèlement par la Commission des Traducteurs Œcuméniques qui participaient aux services religieux matin et soir, tous les jours selon les traditions des différentes confessions. Le mercredi fut définit arbitrairement comme le sabbat, pour toute la durée de la commission, on permettait alors aux délégués de suivre leur propre culte les matins, mais durant les soirées, ils devaient assister à un service œcuménique dont le comité responsable changeait sans cesse. L’expérience  de soumission à d’autres religions et à des rituels plus élaborés et plus ennuyeux (« ils ont tout fait, sauf le sacrifice des vierges » fut le commentaire dégouté de Bertoli sur un rite qui a heureusement disparu) ainsi que les difficultés d’exécution de certains d’entre eux, obligèrent les délégués à « harmoniser » les pratiques. Le Manuel liturgique, tout en enregistrant loyalement les différents modes de cultes pratiqués par les fois représentées dans la CTŒ, fournissait également plusieurs modèles de rites œcuméniques approuvés et considérés comme plus appropriés à constituer un programme complet sur toute l’année.
  Les Commentaires de la Bible Catholique Orange constituent, à bien des égards, un travail plus remarquable encore que celui de la Bible elle-même, et ce en raison de leur brièveté (moins de la moitié de la taille de la BCO), mais aussi à cause de leur candeur et du mélange d’apitoiement et de pharisaïsme. Considéré comme un travail d’explication, Les Commentaires était un ouvrage moins satisfaisant. C’était plutôt le produit de la méditation philosophique sur la grande importance de l’effort de la CTŒ dans le cadre de la religion universelle et dans le contexte de l’Impérium Galactique.

  Le début est un appel évident aux règles agnostiques :

« Les hommes, ne trouvant pas de réponse à la sunna [les dix mille questions religieuses de la shari’a], appliquèrent leur propre raisonnement. Tous les hommes cherchent à être éclairés. Mais la religion est la façon la plus ancienne et la plus honorable par laquelle les hommes se sont efforcés de donner un sens à l’univers de Dieu. Les scientifiques cherchent la légitimité des évènements. C’est la tâche de la religion d’insérer l’homme dans cette légitimité.

  Dans leur conclusion, cependant, Les Commentaires ont un ton plus sévère, et c’est ce qui décida très probablement de leur sort.

« Beaucoup de choses appelées religions menèrent à une attitude inconsciente d’hostilité envers la vie. La vraie religion doit enseigner que la vie est pleine de joies agréables à l’œil de Dieu, que la connaissance sans action est vide. Tous les hommes doivent voir que l’enseignement de la religion par les règles et par cœur est en grande partie un canular. L’enseignement approprié est reconnu en toute simplicité. Vous pouvez le savoir sans vous tromper parce qu’il éveille en vous la sensation que c’est quelque chose que vous avez toujours su ».

L’accueil de la Bible Catholique Orange
  Il y avait une étrange sensation de calme, alors que les presses et les dispositifs d’impression sur shigavrille imprimaient la BCO pour la répandre à travers les mondes. Certains interprétèrent cela comme un signe de Dieu, un présage d’unité.
  Mais même les délégués de la CTŒ démentirent ce semblant de calme alors qu’ils rentraient dans leurs congrégations respectives. Dix-huit d’entre eux furent lynchés dans les deux mois qui suivirent. Cinquante-trois se rétractèrent dans l’année.
  La critique, dès la sortie de la BCO fut plutôt favorable dans l’ensemble. Les représentants de la CTŒ étaient assimilés, dans les différents mondes, à des archéologues des idées, inspirés par Dieu, pour la grandeur de la redécouverte. La contribution du rédacteur en chef de la colonne œcuménique de l’église standard, fut de dire que la CTŒ avait mit en lumière « la vitalité des grands idéaux qui étaient recouverts par des siècles de dépôts », qu’ils avaient « aiguisés les impératifs moraux qui sortaient de la conscience religieuses ». L’innocent Mgr Mac Sutoc écrivit alors qu’autour de lui, tous affutaient leurs haches. Plus en phase avec l’humeur réactionnaire des congrégations, l’écrivain de Suns dénonçait la BCO comme une œuvre produite par « l’orgueil de la raison ». « Ses pages », disait-il étaient remplies d’un intérêt séduisant pour la logique ». (L’examen faisait référence à un point en deuxième page, en face d’une image holographique de la séduisante dernière Miss Univers).
  Plus influente encore fut l’entrevue holovisuelle avec le célèbre évêque bleu, Holloway, qui avait taxé les sept années d’effort de la CTŒ de « déterminisme gallacto-phasique », qui se répandit dans toute la galaxie et fut reprit par des milliards d’individus qui ‘interprétèrent comme « God Damned » (Dieu Damné). Désireux d’interpréter les initiales comme « God Damned » (GD) (ou dieu damné), les GDOC (« God-Damned Old Cranks » ou sacrées vieilles manivelles) furent crucifiés par les caricaturistes qui firent des effigies, et par tous les membres des congrégations.
  Les demandes immédiates pour une version révisée autorisée étaient, bien sur, condamnées à l’échec, car aucun organisme œcuménique n’avait l’autorité nécessaire pour convoquer une nouvelle assemblée. Cela n’empêcha pas l’apparition de diverses versions révisées qui répondaient à la bigoterie populaire. Mais parce que cela était tout simplement controversé, la BCO originale apparu de manière extraordinaire sur les planètes, ou l’édition fut distribuée par la Guilde, mais c’est cette version que tout le monde acheta et lu. Elle réveilla un nouvel intérêt pour l’écriture et les questions religieuses de manière sans précédent depuis les premières traductions de la Bible dans les langues vernaculaires.
  Les révisions réactionnaires se penchèrent sur les symboles acceptés (la croix, le croissant, la plume de crécelle, les douze saints, le Bouddha mince, la déesse cornue, etc.) et il devint bientôt évident que les anciennes superstitions et croyances n’avaient pas été absorbées par le nouvel œcuménisme. Les compilateurs du Livre d’Azhar avaient retracé plusieurs de ces croyances, parfois des fois païennes étonnamment grossières, qui furent longtemps officiellement discréditées.
  Le président de la CTŒ, Touré Bomoko, sembla enfin admettre que la commission avait commis une erreur en essayant de manipuler les symboles de la religion populaire. « Nous n’aurions pas dû essayer de créer de nouveaux symboles, dit-il, nous aurions dû réaliser que nous n’étions pas censés attiser la curiosité à propos de Dieu. Nous sommes confrontés tous les jours à l’instabilité terrifiante de toutes les choses humaines. Pourtant nous permettons encore à nos religions de se développer de manière plus rigide et contrôlée, plus conformiste et oppressive. Quelle est cette ombre qui traverse la route du commandement divin ? C’est un avertissement que supportent les institutions lorsque les symboles perdent leur signification divine, ceci est un simple fait qu’aucune connaissance ne peut expliquer.
  Le double tranchant amer de cet « aveu » n’échappa pas aux critiques contre Bomoko qui dû fuir en exil, et dont la vie dépendit entièrement de la promesse de la Guilde de garder le secret, peu de temps après. Il serait mort sur Tupile, semble-t-il, honoré et aimé, et ses derniers mots auraient été : « La religion doit demeurer un exutoire pour les personnes qui se disent « je ne suis pas le genre de personne que je veux être ». Elle ne doit jamais sombrer dans un assemblage d’autosatisfaction ».
  Bomoko eu une vision juste lorsqu’il décrivit la prophétie avec ses propres mots :

« Etablissez-vous et supportez ». Lui-même entra dans l’histoire comme le symbole de l’intégrité religieuse et de la prévoyance, une partie du mythe des « quatorze sages », qui n’avait jamais abjuré et qui apparaissait même dans les pièces d’Harq al-Harba.

  Quatre-vingt-dix générations plus tard, La Bible Catholique Orange et Les Commentaires, imprégnaient encore l’univers religieux.

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