samedi 17 septembre 2016

Histoire Orale, L’


Histoire Orale, L’

  L’histoire Orale, comme l’histoire officielle, avait fourni la totalité des informations sur les règnes des Atréides avant la découverte de la bibliothèque impériale se Rakis. Encore que, pour une source d’une telle importance, quelques non historiens pourraient dire que l’histoire Orale est là où l’on veut bien la consulter. Dans un premier temps, il n’y avait aucune source unique appelée « l’histoire orale » ; au contraire, le terme est utilisé pour des matériaux dont certains, malgré leurs noms, n’ont jamais été transmis par la tradition orale. L’historien professionnel, en se référant à « l’histoire orale », utilise un jargon que l’on appelle « Etude de l’histoire des Atréides » (EHA)[1], que l’institut de la culture galacto-fremen a commencé à publier en 13850, qui s’étend maintenant sur des milliers de volumes (la 17e édition de l’index, la plus récente, couvre à elle seule 33 volumes).

  EHA est un immense conglomérat de documents, pièces, ballades, comptines, slogans écrits sur des murs, bandes dessinées – allant des œuvres les plus cultivées et durables, aux œuvres éphémères, ayant en commun seulement le fait qu’elles fournissaient des informations sur les règnes de Paul, Alia et Leto II. Une grande partie du matériel se transmettait de bouche à oreille jusqu’au milieu du 139e siècle, quand le recueil commença. D’autres œuvres, comme les pièces de Harq al-Harba et d’autres dramaturges Atréides, furent imprimées dès leur conception. Mais l’intérêt principal du EHA, depuis toujours, était les informations issues de la tradition orale distincte, à cause de son indépendance, ce qui pouvait servir à confirmer et à vérifier les documents officiels.

  Plusieurs exemples de documents de l’histoire orale permettent de clarifier leur nature. En 10330, Rauvlee Ludgwit publia une série de vers sur les enfants arrakeen et les villages environnants. L’ouvrage contenait des vers, des comptines, des souvenirs, des vers pour les cordes à sauter et autres jeux ou articles similaires. La compilation de Ludgwit fut l’un des premiers ouvrages à avoir été réimprimé dans le EHA (Satra Shonjiir, Trans. L’enfance Arrakeen, de ludgwit, EHA 37). Sur les 941 éléments de la compilation, il y a une comptine de 10324 qui fait référence à l’utilisation des atomiques par Paul pour ouvrir une brèche dans le Mur du Bouclier arrakeen, lui permettant de vaincre l’Empereur. La traduction de Shonjiir concerne le rythme et le modèle des rimes originales :

 

Paul, Paul est venu à travers le mur.

Adam Shaddam avait une feuille en aluminium ;

Tous ses hawets, tous ses hommes

Ne pouvaient pas le soulever à nouveau.

 

  Le mot hawets, dans la troisième ligne, n’a aucun sens dans ce contexte, car il signifie « poissons », une créature connue sur Arrakis qu’après l’importation de ce prédateur pour garder les qanats. Les poissons ne jouent pas non plus un rôle quelconque dans l’incident sur lequel repose la rime. Ludgwit partait du principe que la transmission orale ne devait pas utiliser des mots vide de sens, il les remplaçait donc par des mots significatifs, souvent au détriment de l’idée générale du passage, c’est ainsi qu’il modifia le mot de la ligne 3 en hawats, ce qui signifie « hommes tatoués », du nom de Thufir Hawat, le mentat du Duc Leto, qui accepta de servir la Maison Corrino après la mort du Duc. Le poème stipule que Hawat était loyal, dans l’esprit populaire, à la Maison Impériale et donc considéré plus ou moins comme un traitre envers les Atréides. Mais les découvertes récentes sur Rakis prouvent que cette conclusion est erronée.

  Un exemple plus long d’E.H.A., qui conteste la version officielle de l’empire au cours du règne de Leto et qui sombra dans une placidité glaciale, est le premier modèle de satisfaction des bourgeois et des artisans dans la capitale arrakeen. C’est à peine si un chapitre de l’histoire officielle montre la satisfaction de l’homme ou de la femme ordinaire durant ce long laps de temps. L’historien a des principes de base pour démêler la vérité entre l’histoire officielle et l’histoire orale, mais l’histoire orale contredit constamment la version officielle pour « le jardin d’Arrakeen ». Un des nombreux projets de travail qui nous donne une image différente de la capitale durant le règne de Leto, est la ballade Lewin au Mur qu’un troubadour ramena de la planète peu connue de Stormstile en 13934, et qu’il avait intitulée Nouvelles d’Arrakeen. Le personnage principal de ces titres est historique : Iir Zhiil Lewin (11357-11891 ?), un charpentier originaire de Libermann qui vint s’installer en Arrakeen.Il est cité dans les archives de la Cour municipale de cette ville comme ayant été arrêté pour violation d’autorisation en 11890 ; son cas  fut médiatisé comme un exemple de fermeté gouvernemental concernant la protection des consommateurs contre les abus des revendeurs. Selon le règlement définitif de l’accusation, Lewin mourut en prison alors qu’il attendait son jugement. La ballade[2] raconte une autre histoire.

 

Comme Lewin coupait sa pomme

Il trouva un ver à l’intérieur.

Il le tua avec sa lourde chaussure

Et parla ensuite avec fierté :

 

Le ver a mangé le noyau de la pomme,

Sous la peau il s’est faufilé

Juste assez pour qu’un homme se trouve mal

A l’énoncé du mot ver.

 

Alors il prit son pinceau, du goudron et un poinçon

Et sortit du chemin,

Pour trouver une place sur un mur,

Sur lequel il avait son mot à dire.

 

Et ce soir-là, il peignit sur le mur,

Pour dire au monde son histoire,

Et il montra la ville à la lumière du matin,

Celle-là n’était pas à vendre.

 

Les prêtres du temple, qui le haïssaient,

Mirent sa tête à prix ;

Mais l’espoir qu’ils avaient était mince ou inexistant,

Jusqu’à ce qu’ils offrent de l’épice.

 

Puis, Al-Badawi, le fils du boucher,

Dit : « apportez une douzaine de mains,

Et laissez le bétail l’acculer,

Ainsi vous n’aurez qu’à le prendre ».

 

Ils vinrent ensuite, dans l’obscurité de la lune,

Alors que l’ombre couvrait tout,

Et il entendit Lewin chanter sa chanson,

Alors qu’il peignait sur le mur.

 

O, les gardes fremen étaient rapides et tout,

Mais Lewin était encore plus rapide,

Et le premier qui vint vers le mur,

Fut le goudron qu’il rencontra.

 

Le second donna sa parole

Qu’il le tuerait de sa main.

Mais Lewin tira l’épée fremen.

Et son eau coula dans le sable.

 

Le troisième chat eut Lewin au genou,

Il le coupa avec un coup porté vers le bas ;

Mais avec son poinçon, et aisément,

Lewin se tourna et le trouva.

 

Comme Lewin gisait sur le sol,

Ils lui attachèrent rapidement les mains.

Et il appela, « amis O, O amis autour,

Ce jour-là sera-t-il mon dernier »

 

Maintenant, Lewin, nous allons en voir plus,

Ils frottèrent les murs pour les rendre propres ;

Mais une excroissance de ver se cachait dans le noyau

De la ville d’Arrakeen.

 

  Quelle que soit la vérité historique de la ballade, il faut noter que, en règle générale, les gens ne firent aucune concession au héro.

  Bon nombre de matériaux de l’histoire orale montrent une satire mordante et une juste appréciation de la réalité politique. Dans le Petit livre des énigmes, probablement celui publié anonymement sur Giedi Prime, l’énigme 88 est la suivante : « Qui va à quatre pattes le matin, sur deux jambes l’après-midi et rampe le soir ? » Et la réponse est : « Rien que je connaisse ». Le contenu de ce petit livre est plus vieux de quelques générations de sa première publication, aux environs de 13499 (E.H.A. 534, trad. Hwen Urtorn).

  Ces exemples montrent les richesses que peut contenir l’histoire orale. Sa valeur est incalculable à plus d’un titre car elle est non seulement une source indépendante d’informations historiques, mais elle montre également l’esprit des gens, nous fait partager la compréhension de leur culture et affiche « leurs espoirs et leurs craintes ». Ces derniers aperçus sont illustrés dans « Comment Muad’Dib obtint son nom » [voir l’article] (un conte fremen* qui mêle des incidents entièrement imaginaires avec des faits réels) : comment Paul Atréides s’adapta au désert et aux coutumes fremen et comment l’invention du marteleur attira Paul), son aboutissement à l’acquisition de pouvoirs surnaturels (exprimé dans la magie du djinn), et surtout sa conquête de lui-même. À long terme, il importe peu de quel côté Thufir Hawat était ; ce qui est plus important est la façon dont les gens structurèrent et ordonnèrent le flux de leur vie quotidienne et comment ils acquirent un sens du tourbillon des grands événements. Dans ce domaine et d'autres contes, dans les ballades, même dans les jeux les plus humbles, nous avons cet enregistrement. W.E.M.



[1] Lors Karden, Vérités et fantaisies dans l’histoire orale (Yorba : Rose), pour une introduction à une série d’études dans l’histoire des Atréides.
[2] Zheraulaz Kiit, éd. Ballade à la frontière des étoiles, étude de l’histoire des Atrèides 263 (paseo : institut de culture galacto-fremen) pp. 156-7.

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