jeudi 19 mai 2016

Hawat, Thufir (10175-10196)



Hawat, Thufir (10175-10196)
  Thufir Hawat, comme beaucoup le croient, fut le plus grand Mentat de l'Imperium, premier né des neuf enfants de Golani et Alwidi Hawat sur Logi, troisième planète d’Alpha Centauri B.
  La mère de Hawat, Golani, qui avait elle-même été brièvement formé comme un mentat potentiel, reconnut la capacité de son bébé et a pris les mesures appropriées pour commencer sa formation. Golani écuma l'Imperium afin de trouver des experts en contrôle des muscles et de l'esprit, et aiguisa  la sensibilité et la prise de conscience ; et aussi pour trouver des enseignants en langues et dans les sciences physiques et biologiques. Elle voulait que son fils soit bien formé, non seulement dans les principes fondamentaux habituellement offerts aux mentats potentiels, mais aussi en économie, communication et stratégie militaire.
  Lorsqu’il fut informé de son potentiel, et compte tenu de ses options, Thufir choisit de poursuivre sa formation et il fut envoyé dans une éminente école pour Mentats sur Ix. Là, Thufir se lia à deux personnes importantes. La première était Kolinahr, dont esprit et le charme attirèrent immédiatement Thufir ; les deux jeunes hommes devinrent rapidement d’inséparables amis. Le deuxième était une  jeune femme Anyya dont Thufir tomba immédiatement amoureux, pour la première et dernière fois de sa vie. C’était la fille d'une Bene Gesserit et d’un fonctionnaire de la Cour impériale ; Anyya était très intelligente et rivalisait avec Thufir dans ses résultats scolaires et partageait son affection. Selon tous les témoignages, ils partagèrent relation heureuse et épanouissante de relation pendant plusieurs années.
  Les rapports sont sommaires,  concernant la fin de leur liaison. Nous savons qu'Anyya quitta brusquement Ix avec Kolinahr et Hawat ne la mentionna plus jamais dans son journal. Rouse, le Mentat de la Maison Dioscur et Thufir restèrent amis, les rapports de Thufir  (dans son livre, L’éducation d’un mentat) montrent qu’après le départ d’Anyya, il devint morose et refusait catégoriquement de parler d'elle, on peut citer un de ses commentaires sibyllins de cette époque : « la femelle de l'espèce est sans doute incapable de fidélité ». Apparemment, il lui était arrivé la même chose qu’à Camelot, mais avec une différence : au lieu de s'élever au-dessus de son affliction, à une force arthurienne, qui aurait pu insuffler le fer dans son âme, Thufir permit à sa douleur de rabaisser son amour pour Anyya et de la transformer en une haine corrosive qui généra une méfiance profonde et permanente, pour toutes les femmes, surtout celles liées au Bene Gesserit. Cet anathème explique sans aucun doute le fait que Thufir ne tomba plus jamais amoureux d’une femme.
  A trente-cinq ans, Thufir était prêt à rejoindre la Maison Atréides sur Caladan, et il était certainement le mentat le mieux formé de l’Imperium. Le Duc Mintor Atréides était robuste et d’une vitalité qui permettait de porter les compétences d’Hawat à leur paroxysme. Il était déterminé à développer pleinement le fief que sa famille possédait depuis vingt générations. Le Duc Mintor engagea Hawat pour résoudre ses problèmes d’expansion. En coséquence, Hawat commença à s’occuper des terres, il dirigea la construction de barrages, créa un système d’irrigation complexe, conçut des réseaux de transport et de communication performants. Il rechercha dans l’Imperium, des experts en agriculture, viticulture, élevage et exploitation minière et s’en servit pour ses projets et pour fonder des écoles. Grâce aux plans de Hawat, les sujets du Duc furent formés à produire des récoltes, des vins de qualité, élever des bovins et d’autres animaux de ferme de haute qualité, et à rendre les mines lucratives. Les domaines florissants que le Duc Mintor montrait étaient en réalité l’énergie créatrice d’Hawat qui provoqua bientôt les jalousies de l’Imperium.
  Le Duc était d’une équité absolue et hônéte dans tous ses rapports avec Hawat (ces traits de caractère se retrouveront, plus tard, dans Leto), ce qui suscitait, chez le mentat, un attachement et une admiration constantes. Une source indique que le Duc était personnellement responsable du sauvetage de deux des êtres chers à Hawat, de l’oppression Harkonnen. Bien que la documentation sur les détails de cet exploit soit absente, l'audace et le courage du Duc le firent aimer du Mentat. Il n’est donc pas surprenant que Hawat resta tant d’années avec le Duc Mintor et qu’il aurait volontiers donné sa vie pour son Duc. Dans une escarmouche avec des raiders hors-monde dans l'un des ranchs du Duc, Hawat, lui sauva la vie et pris un coup d'épée dans l'aine, il fallut remplacer sa jambe gauche. Depuis, il gardait la cicatrice, et la douleur occasionnelle faisait sa fierté.
  Hawat tenait son Duc en haute estime, cet accro à la tauromachie, et il l'amena à développer un vaste programme d'élevage de taureau. Grâce à ses capacités à analyser les qualités génétiques, Hawat conçut des fermes de reproduction et d'alimentation et mit en place des expériences nutritionnelles. Il créa également une nouvelle arène pour le Duc, supervisa sa construction, et mit en place un spectacle coloré connu sous le nom de Tournoi des Atréides. Par la suite, Hawat ne manqua jamais une corrida dans laquelle le Vieux Duc prenait part, et il était présent le jour où un grand taureau encorna le Duc.
  Après la mort du Vieux Duc, Hawat transféra son allégeance au Duc Leto, qui détourna son attention de ses terres bien gérées pour se concentrer sur l'espionnage, la défense et l'expansion de la puissance maritime et aérienne. Hawat servi avec brio son duc dans tous ses intérêts : militaire, politique, économique, social et personnel. C’est même Hawat qui enquêta sur l'école Bene Gesserit et sur Jessica avant d’escorter la jeune femme, à contrecœur, sur Caladan pour être la concubine du Duc Leto. Après la naissance de Paul, il devint encore plus utile. Soupçonnant que son fils pourrait avoir des capacités de mentat, Leto confia à Hawat la responsabilité du programme de formation intensive de Paul. Au cours de ces années d’intimité de Paul nourrisson puis enfant, Hawat en vint à aimer le garçon comme son propre fils. Cet amour dura — et elle se manifesta de manière héroïque — jusqu’au jour de sa mort.
  La meilleure façon, peut-être, d’apprécier la valeur de Hawat pour la Maison Atréides est de revoir sa contribution durant son passage de Caladan à Arrakis, fief qui était détenu par les anciens ennemis des Atréides : les Harkonnens. La logistique impliquant le déplacement du personnel et du matériel d'une planète à l'autre était considérable, mais Leto n’aurait confié cette tâche à aucun autre que son mentat. En un temps record, a il prouva que cette  confiance était justifiée.
  Un travail encore plus difficile, s'occuper de sécuriser la nouvelle capitale d’Arrakeen, surtout quand tous les calculs de Hawat avaient abouti à la forte probabilité que Leto devait mourir sur Arrakis de la main des Harkonnen mécontents. Pour préparer cela, Hawat supervisa tout personnellement ; il rassembla et analysa la moindre bribe de connaissances disponibles sur la géographie, le climat et la topographie, les conditions météorologiques et l’histoire, ainsi que sur les fremen et leur culture. Après le déménagement, il envoya des équipes d'observateurs pour compléter ses informations.
  Les deux préoccupations immédiates étaient les communications et la stratégie militaire. Hawat mit en place le propre réseau de communications du duc et établit les codes, surtout le langage de bataille des Atréides, un langage à base de signes des mains : une de ses créations. Il déploya ses troupes efficacement en divisant les gardes entre la résidence du gouverneur et l’aire d’atterrissage. Pour une sécurité à long terme, il rassembla des dossiers de sympathisants présumés des Harkonnen.
  La zone la plus sensible était la sécurité. Hawat passa des jours et des nuits sans sommeil à vérifier chaque salle et tout le mobilier de la résidence. Il a mis en place des boucliers, plaça des dispositifs de sécurité, élimina des serviteurs et installa personnellement les détecteurs de poisons. Hawat avait fait de la sécurité le cœur de son enseignement auprès du jeune Leto et plus tard du jeune Paul : « le coût de la survie est la vigilance éternelle ». Mais, malgré tous ses soins, un chercheur-tueur placé par un traître après que Hawat ait inspecté la chambre de Paul menaça la vie du jeune homme peu de temps après l'emménagement dans la résidence. Dans un accès de remords, il tenta de démissionner, mais le Duc lui rappela que Paul avait survécu en grande partie grâce à la formation qu’il avait donnée à son jeune protégé. Leto estima qu'il était à féliciter qu’à blâmer, pour avoir si bien préparé Paul à ne pas ignorer un traitre « interne », à soupçonner tout et tout le monde – du Duc Leto et de Dame Jessica, jusqu’au plus humble soldat. La foi de Leto en son Mentat, se révéla dans son refus d'accepter la démission de Hawat, et le renouvellement de sa reconnaissance de la loyauté indéfectible de Hawat envers la Maison des Atréides.
  Lui-même expert en sabotage et contre-espionnage, Hawat déjoua un grand nombre d’intrigues Harkonnen. Bien qu’il déplore cette nécessité, il n’hésita pas à utiliser des pots de vin, la tromperie, et même le meurtre, lorsque le service de son Duc le nécessitait. Par expérience, Hawat était formé pour toujours suspecter. Comme le Duc Leto disait de lui : « il voit des assassins dans chaque recoin d’ombre ».
  Le service le plus important qu’Hawat rendit aux Atréides fut l’évaluation aiguë des fremen. En utilisant les données que Gurney Halleck lui apporta, Hawat vit astucieusement que les estimations précédentes de la population Fremen étaient ridiculement basses. Et, une fois qu'il commença à apprécier les qualités des gens du désert, il sut sans aucun doute qu'ils étaient un corps de combattants potentiels aussi fort et aussi mortels que les Sardaukar.
  Hawat fit des recherches approfondies et examina les films clips sur la culture Fremen. Sa première analyse de la religion Fremen se fit en vue de familiariser Leto et Paul avec des termes comme « Mahdi » et « Lisan al-Gaib » qui incarnaient tous les éléments essentiels. Le vieux Mentat saisit rapidement les moyens Fremen et se montra particulièrement sensible à reconnaître leurs préoccupations : comme, par exemple, leur préoccupation à récupérer de l'eau, leur réticence avec les inconnus, leur passion pour la liberté, leur obsession de l'exclusivisme. Ses conseils au Duc Leto étaient judicieux  lorsqu'il l’exhorta à ne pas réquisitionner les Stations d'observation botanique du désert de peur que cette action ne contrarie les Fremen qui accordaient une grande importance à ces bases. Hawat s’était aussi rendu compte que le refus de la Guilde de mettre en orbite un satellite météorologique reposait non pas sur des considérations financières, mais sur leur peur que les Atréides ne découvrent la vraie valeur d’Arrakis. Ses analyses se révélèrent exactes, par la suite, avec la vaste colonisation fremen, étayée par la stupéfiante richesse de la planète en épice et que le début de la transformation écologique devint évidente.
  Une fois établi à la capitale, Hawat ne fit qu'une seule erreur, il était prêt à croire que le traître était Dame Jessica — une croyance née, sans doute, de sa méfiance à l'égard des femmes et en particulier une « sorcière » Bene Gesserit. Bien que les Harkonnen aient laissé Arrakis, ils n'avaient aucune intention de laisser le fief aux Atréides. Connaissant la vigilance d’Hawat, les Harkonnen, et en particulier le mentat de Vries, fournirent à Hawat  de faux renseignements dans une lettre, interceptée par les Atréides, impliquant Jessica. Même lorsque le Duc Leto refusa de croire que la lettre du Baron discréditant Jessica n’était pas autre chose qu’un stratagème Harkonnen, Hawat ne put éradiquer ses soupçons : il gardait en lui le fruit amer de la trahison d'Anyya. Consciente de son problème, sans en connaître sa cause, Jessica mit en garde Hawat que, bien qu'il pouvait brillamment appliquer la logique à quoi que ce soit en dehors de lui-même, il aurait du mal avec « ces choses profondément personnelles ». Peu convaincu, Hawat quitta néanmoins l'entrevue avec un «sentiment d'admiration suprême» (comme il l'écrit à Rouse) pour Dame Jessica qui, à un moment, eut le courage remarquable de le défier en lui tournant le dos alors que Hawat la menaçait d’un couteau.
  À l'exception de cette erreur, ces jours où Hawat travailla à établir sa bien-aimée Maison Atréides sur Arrakis, furent les dernières heures de tranquillité pour le Mentat vieillissant, et sans doute les meilleures. Dès l'instant où il apprit la nouvelle de l'attaque Harkonnen, l'amertume devint son compagnon quotidien. Après avoir préparé des raids aléatoires contre une attaque de rien de moins que dix brigades (l’intelligence d’Hawat l’incita à attendre de connaître le nombre des adversaires), Hawat fut sidéré par la taille de la force Harkonnen et leur déploiement stratégique. Un calcul rapide révéla que l'attaque se composait de plus d'une centaine de brigades. Le revenu de l’épice d'Arrakis de cinquante ans ne pouvait pas avoir couvert le coût d'une telle entreprise. Ce que Hawat n’avait pas pu envisager, c’était qu’une grande partie du coût avait été financé par les caisses impériales.
  A partir de ce moment, jusqu'au jour de sa  mort, Hawat fut convaincu que Dame Jessica avait été leur traître. On ne peut que conjecturer que son expérience avec Anyya, avait dû être dévastatrice, car elle continuait à obscurcir son jugement sur les femmes. Bien qu'impuissant lui-même à pouvoir aider son duc alors que les Harkonnen avançaient, Hawat, encouragé par le fait incroyable que les Fremen avaient réussi à capturer un ornithoptère occupé par des Sardaukar et détruit de façon kamikaze un transporteur de troupe avant de capturer des Sardaukar déguisés, sous la livrée Harkonnen.
  Dans les papiers du Baron Harkonnen (en annexe à la Maison Harkonnen), nous apprenons la joie qu’éprouva le Baron en apprenant que Thufir Hawat, le maître-Assassin du Duc Leto, était encore en vie, mais aussi qu'il pouvait être utilisé contre la Maison Atréides. La stratégie du Baron était simple : en laissant croire à Hawat que Jessica était vivante et jen pensant que personne ne saurait jamais que le véritable traître était le Dr Wellington Yueh, le Baron pourrait nourrir le désir de Hawat de se venger. Le Baron en était arrivé à ce résultat : « la façon de contrôler et de diriger un Mentat se fait par le biais de ses informations. Fausses informations — faux résultats ».
  Il voulait absolument un mentat pour remplacer Piter de Vries, mort de la main de Leto, mais le Baron avait trop peur de Hawat pour ne pas prendre quelques précautions : il ordonna à Iakin Nefud, le capitaine de sa garde, d’imprégner Hawat d’un poison résiduel, mis au point pat de Vries, et de commencer à lui administrer l’antidote, régulièrement, dans ses repas. Sans l'antidote, Hawat mourait dans les quelques jours.
  La carrière discrètement enregistrée de hawat sur Giedi Prime demeure une énigme. Ses actions semblent, d'une part dépravées, d'autre part masquées par certains plans destinés à détruire le Baron. L’un des projets les moins dignes de Hawat fut la modification des arènes, comme il l’avait fait pour le Duc Mintor, mais avec une altération : deux de ces adaptations furent, d’une part les modifications apportées aux jeux de gladiateurs Harkonnen, l’autre étant la modification des handicaps des adversaires esclaves. Hawat conçut également un plan par lequel Feyd-Rautha pourrait donner une spectaculaire performance, quoique truquée, devant un auditoire d'élite. Au lieu des esclaves-gladiateurs drogués habituels, la victime avait été conditionnée par Hawat pour obéir à un mot clé. Ainsi, il semblerait que Feyd-Rautha s’était brillamment défendu lui-même contre un esclave non drogué qui s’était glissé dans l'arène pour tuer le na-Baron. L'intrigue n'aurait pas aussi « odieuse » si elle avait été seulement destinée à glorifier un jeune homme égoïste, mais son véritable but était d'éliminer esclavagiste du Baron, qui serait nécessairement blâmé pour cet esclave non drogué. Peut-être Hawat espérait-il utiliser cette mauvaise action pour accomplir une bonne action -  parce que l'esclave fut à deux doigts de tuer le neveu du Baron.
  Un autre casse-tête, fut le rôle que Hawat joua dans la tentative d'assassinat du Baron par Feyd-Rautha. Connaissant la préférence du Baron pour les garçons, Hawat conspira avec Feyd-Rautha pour envoyer au Baron un séduisant garçon-esclave avec une aiguille empoisonnée plantée dans sa cuisse. Et pourtant, Hawat avertit le Baron qu’une tentative d'assassinat pourrait avoir lieu. Le Mentat semblait jouer les deux extrémités contre le centre, pour certains jeux de sa propre création.
  Mystérieux et parfois ambigu, le  comportement de Hawat au service des Harkonnen, peut mieux s'expliquer à la lumière de son intense loyauté envers la Maison Atréides. Compte tenu des méthodes de fonctionnement dépravées du Baron Harkonnen —  quant à ses subordonnés, dont il n’attendait aucune loyauté — Hawat s’attendre qu’à des coups tordus. Avec ses pouvoirs de Mentat, il sut  certainement, ou tout au moins suspecta-t-il, qu'il avait été empoisonné et qu'il survivrait qu'aussi longtemps que le Baron, selon ses caprices, lui administrerait  l'antidote. Il brûlait, voire était obsédé, par le désir de vengeance sur les ennemis de son bien-aimé Duc Atréides, Hawat parcouru le chemin de l'opportunisme ; il se conforma aux ordres du Baron, rejoignit ses conspirations, conçut son propre plan sur ces traces, même s’il était infâme — tous ce qui pouvait aboutir à ses désirs : le jour glorieux où il pourrait frapper pour anéantir tous ceux qui avaient écrasé sa chère Maison.
  Nous ne pouvons que souhaiter avoir plus de preuves sur ces années. A part quelques notes du Baron et des fragments de lettres d’Hawat envoyées à son vieil ami d’école Rouse, il ne reste rien de ces années. Dans une de ses notes, le baron se vante d’avoir réussi à attirer l'attention et la vengeance de Hawat contre l'empereur, en le convainquant que l'empereur était la cause de la destruction de la Maison Atréides. Hawat avait toujours détesté le Baron avec une haine « sans-gêne », mais « il pense qu'il se sert de moi », le Baron avait écrit, « pour assouvir sa vengeance sur l'empereur... Il ne pense pas au-delà de sa vengeance. Hawat est un homme qui doit servir les autres et ne sait même pas le faire pour lui-même ». Les lettres de Hawat à Rouse, cependant, semblent en contradiction avec la vue du Baron. Dans une lettre Hawat déclarait qu’il « détestait » le Baron ; dans une autre il l’appelait « un cochon brut et dangereux » et avouait que « le détruire lui [le Baron] est un service rendu à l'humanité ». Comment Hawat avait-il prévu de détruire le Baron n'est ne pas clair. Il est certain qu’Arrakis participait à cela, car dans l’un de ses derniers services, il dirigea l’attention du Baron sur la planète désertique.
  Hawat révéla au baron que l'empereur s’était retourné contre le Duc Leto principalement parce Leto avait formé une force de combat qui pouvait rivaliser avec les Sardaukar ; il dit ensuite au Baron que l’empereur soupçonnait les Harkonnen de vouloir renouveler l’exploit avec l’émulsion des fremen. Lorsque le Baron mit cela en doute, notamment à cause du faible nombre de fremen, Hawat avait réussi à le convaincre que la population fremen pouvait être facilement de plus de 10 millions. Hawat suggéra également que, si cela pouvait se faire sans alerter l'empereur — les Fremen pourrait en effet être formé en une force impressionnante. Ce qu'il ne dit pas au Baron c’était que Gurney Halleck avait survécu à l'attaque perfide des Harkonnen contre la Maison Atréides et qu'il recevait des rapports de Halleck sur les tactiques Fremen. Ainsi, les intrigues les plus susceptibles d’aboutir tournaient autour du désir de Hawat  d’attirer le baron sur Dune – où Gurney avait beaucoup de mains pour l'aider satisfaire sa vengeance.
  Mais avant que le Baron d’Arrakis puisse agir, le destin s’en mêla. La Guilde, alarmée
par les changements qu'ils avaient observés sur la planète – en particulier le rythme accru de l'activité de troupe provoquée par Paul Muad'Dib – non seulement relaya cette information auprès du trône, mais aussi réduisit ses tarifs de transport de troupes à son minimum. Ainsi, dans un court laps de temps les cieux au-dessus Arrakis se couvrirent d’une  flotte de sept navires Harkonnen en compagnie de cinq légions de Sardaukar de l'empereur.
  Dès que la Guilde permit aux Harkonnen de déployer leurs troupes à au sol, le baron envoya Hawat dans une base de contrebandiers avec ordre d’infiltrer le camp de l'infâme Fremen Muad'Dib. Hawat était bien loin d’Arrakeen quand le mystérieux Muad'Dib défit les Sardaukar et captura l'empereur avec tous ses serviteurs. Quand il revint à Arrakeen plus de cinq jours plus tard, il était faible, à l’article de la mort, en l’absence d’antidote, Hawat avait découvert non seulement que le baron était mort, mais que l’invincible Muad'Dib assis dans la résidence n’était autre que son jeune duc Paul. Il s’en voulu, lorsqu’il apprit que Dame Jessica vivait avec son fils et qu’elle n’était pas le traitre, mais comme lui, la victime d’un sournois complot Harkonnen, et que la trahison venait du Docteur Yueh.
  Quand l'empereur Padishah et  la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam, juste avant d’aller devant Paul, convoquèrent Hawat, il sut que cela signifiait la traîtrise. Il accepta l'aiguille empoisonnée minuscule sans un mot – trop faible pour hocher la tête, et l'empereur lui ordonna de s’en servir contre ce « Duc arriviste ». Quand il vit que Gurney Halleck vérifiait l'entourage entrant dans la grande salle d'armes, Hawat utilisa  lesle vieux langage de bataille pour lui dire que, pensant que Paul était mort, il avait travaillé avec les Harkonnens et lui demandait qu'il soit laissé dans le groupe — pour éviter, sans doute, tout geste qui pourrait être fait contre Paul.
  Et puis, Paul l’appela et accueillit comme « son vieil ami ». Comme Hawat obéissait à son bien-aimé Duc, certainement pour la dernière fois, il sut que Paul était au courant de l'aiguille et qu’il était certain que Hawat n'avait pas l'intention de l'utiliser contre lui. Dans son récit de la scène, la princesse Irulan écrit que Paul et Hawat chuchotèrent  ensemble pendant quelques instants avant que Paul tende la main et prenne Hawat par les épaules pour le soutenir. Puis elle note que Hawat se tourna, dans un geste magnifique, tendit sa main gauche vers l’Empereur, paume vers le haut, afin d'exposer l'aiguille cachée entre ses doigts et dit : « Voyez, Majesté ? Voyez  l'aiguille de votre traître ? Vous pensiez que moi qui ai voué ma vie au service des Atréides, je pourrais leur donner moins maintenant ? » Avec ce dernier acte de défi suprême proclamant sa fidélité inviolable pour les Atréides, Hawat mourut contre Paul et s'effondra sur le sol.
  Le Duc de Hawat rendit hommage, ensuite, à son fidèle serviteur, le Mentat qui avait servi trois générations d’Atréides, eut un honneur final : il donna l'ordre que le corps de Hawat soit emporté et traité avec tout le respect d'un héros de tribu. O.K.

Autres références :
-          Mentat, Histoire de l'ordre des ;
-          Mentat, Organisation des ;
-          Mentats tordus ;
-          Princesse Irulan Atréides-Corrino, L’éveil d’Arrakis, TR. Zhaulya Muuraz-harat, AS 15 (Grumman : unie mondes) ;
-          A.L. Rouse, L'éducation d'un Mentat, TR. Dawlej de Ger (Loomar : Institut Coie) ;
-          Marya von Wikkheiser, Maison Harkonnen, TR. Arazrii Pezh, SAH 76 (Paseo : Institut de la Culture des Galacto-Fremen) ;
-          Jessica Atréides, Les années d’Arrakis, TR. Zhaivz Aultan (Caladan : Apex).

mercredi 18 mai 2016

Harkonnen, Vladimir (10110-10193)



Harkonnen, Vladimir (10110-10193)
  Siridar-Baron de Giedi Prime sous le règne de Shaddam IV. Toutes les traductions actuelles des manuscrits de Rakis s'accordent sur le rôle que joua la Maison Harkonnen à la fin du règne de la lignée Impériale des Padishah et l’accession du Duc Paul Muad’Dib Atréides au Trône du Lion d'Or en 10193. Il ne peut y avoir aucune contestation importante sur la nature du Siridar-Baron ou sur la Maison  dont il est issu. La Maison Harkonnen – même dans une ère de manœuvres politiques meurtrières et impitoyables exerçait son pouvoir avec un cynisme et une cruauté démesurés, sa soif de pouvoir et de profit, n’avaient aucune limite.
  Vladimir Harkonnen incarnait les caractéristiques de ses ancêtres à un degré élevé : habile, rusé, glouton dans tous les sens du terme, il avait un poids  d'environ 180 kg au moment de sa mort, la plus grande partie de son poids était assumé par des suspenseurs placés sur sa personne. Il était, en outre, un pédéraste vorace, dont la selection de ses compagnons de lit se faisait au travers d’une source inépuisable d’esclaves. Mais le pouvoir était son plus grand appétit. Dans les dernières années de règne du Padishah de l’Imperium, son ambition principale fut de  mettre un Harkonnen sur le Trône. S’il avait réussi, cela aurait été un triomphe ironique : Maison Harkonnen atteignant les profondeurs de l’ignominie au sommet de l’Empire intergalactique. Vladimir Harkonnen était le descendant d'une famille qui se glorifiée d’avoir une histoire cruelle. La complaisance éthique peut condamner ses pratiques, mais seulement avec l'avertissement que l'ensemble de l’Imperium doit être condamné. La structure féodale des Padishahs était stable dans la mesure où il existait un équilibre du pouvoir entre des forces antagonistes ambitieuses. La méfiance constante et la volonté de recourir à tous les moyens restaient le prix de la sécurité. La Maison Harkonnen affichait, de manière excessive, une morale politique qui en fait, provenait, dans une large mesure, de Salusa Secundus.


  Vladimir était le troisième fils du Siridar-Baron Gunseng Harkonnen (10079-10130) et de la Baronne Muertana (plus tard connu comme la « veuve noire »), une beauté sombre avec la mentalité d'un scorpion, que Gunseng avait épousé pour former une alliance avec la puissante Maison Sarobella. Le premier fils mourut en bas âge. Le second, Araskin, était un géant, simple d’esprit, avec un pied-bot, mesurant deux mètres et pesant 110 kg. Araskin était connu pour son tempérament féroce et sa dévotion pour sa mère. Ces deux qualités pouvant être attribuées à son handicap physique. Il se considérait lui-même comme un champion potentiel, frustré à la naissance. Sa mère aimante encourageait cette idée délirante, expliquant que son état était dû à des défauts génétiques de Gunseng, qu'elle détestait. Vladimir naquit cinq ans après Araskin, alors que Muertana élevait le potentiel na-Baron en empoisonnant son esprit contre son père. Gunseng possédait une bonne compréhension des réalités politiques, ainsi que de la cruauté nécessaire pour les manipuler. Chacune de ces qualités fut transmises à Vladimir.
  Si les qualités exposées dans l'enfance donnaient  une indication, Vladimir semblait être la réponse au rêve de son père d'améliorer sa Maison. En grandissant il reçut une formation dans les arts martiaux, la musique et la politique avec les  meilleurs tuteurs que son père pouvait se permettre. Très tôt, il montra une grande intelligence, une soif d’apprendre et une extraordinaire capacité à absorber ce qui lui était enseigné. Bien que trapu de constitution, il était bien proportionné, d’une beauté ténébreuse, avec un visage plein, rond et poupin. Sa voix de baryton était remarquable pour sa force, sa portée et sa mélodie. Le poète itinérant Sil, Reeve Perrin, fournit une description contemporaine :

Et quel prodige c’était. Beau et pénétrant, avec des  lèvres charnues et un comportement chaleureux, à dix-huit ans, il avait déjà une présence imposante, né pour régner. Et quand il chantait, il tirait des larmes de crocodile même aux courtisans les plus cyniques de Gunseng, tant ils étaient ravis. Peut-être que le recul me permet de penser que je sentais quelque chose de malsain sous l'apparence forte, virile, surtout durant les moments où il déployait le plus ses charmes. Peut-être étaient-ce ses yeux voraces, qui ne rataient rien, qui vous dévoraient en vous regardant. Mais lorsque vous assistiez à ses combats d’escrime, ses tournois de Chéops ou ses spectacles musicaux, vous étiez simplement impressionné par l’homme lui-même. Et ce, même, lorsqu'il était commandant des Prétoriens de Harko ou qu’il assistait aux privés de Gunseng, qui excluaient sa mère et son frère aîné. Il était évident qu'il était préparé pour la Baronnie, et comment pouvait-il en être autrement ?
Muertana, de son côté, manipulait son énorme jouet, Araskin – que Gunseng ne reconnaissait pas comme son fils naturel, mais qu’il ne renia jamais  publiquement. La préférence de Gunseng allait à  Vladimir, une affection véritablement partagée, qui lui coûta la vie. Lors d'un banquet officiel, Araskin assassina son père et attaqua Vladimir, il était prêt à le tuer sans l’intervention du Mentat Chardin Klees qui lui enfonça une aiguille empoisonnée dans le cou. C’est à ce moment là que Vladimir changea. Cette nuit là, il étrangla sa mère. À l'âge de vingt ans, il devint le légendaire Baron Harkonnen.

Sa carrière de Baron
  Vladimir consolida sa position par des méthodes les plus drastiques. Le sort de son père lui avait enseigné que la faiblesse portait ses propres fruits. Bien que formé dans les arts les plus fins, la sournoise brutalité héritée de son grand-père et de sa mère resta une des caractéristiques remarquables de sa baronnie jusqu'à sa mort. Tous les Prétoriens et des responsables militaires planétaires étaient soumis à une analyse stress grâce à un interrogatoire psycho-chimique profond. Ceux qui échouaient étaient assassinés de sa main. Toute personne ayant des sympathies ou des liens  pour la Maison Sarobella étaient publiquement décapités. La petite noblesse fut secouée et s’aligna, sous la menace d'extinction. La peur et la puissance, la puissance et la peur – c’étaient devenus les outils les plus fiables du Baron.
  Vladimir aspira ensuite à une relation plus favorable avec le monarque impérial afin de poursuivre ses ambitions financières. Un poste d'administrateur du CHOM fut son objectif personnel immédiat ; à partir d’une telle position, il serait possible de construire une alliance avec Landsraad et donc avec l'empereur. Vladimir trouva, apparemment, cette ambition digne de sa Maison. Tout d'abord, il lui fallait être au-dessus de tout soupçon aux les yeux de l'empereur, en démontrant sa complète loyauté. Ensuite, un stratagème-dans-un-stratagème réussi  — Eh bien, qui ne pouvait pas envisager un Harkonnen sur le trône du Lion d'or ?
  Le jeune baron commença sous les meilleurs auspices en donnant volontairement vingt pour cent de ses bénéfices annuels dans les mines de ziradnium au profit des Sardaukar Imperiaux. Une telle pratique n’était pas rare à l'époque, en particulier parmi les nouvelles Grandes Maisons. L'Imperium, jusque là, avait augmenté de luxe de  sa bureaucratie coûteuse, souvent au détriment des Sardaukar. Les dons aux fiefs militaires reçurent sont l'approbation royale.
  Ce fut une tactique, mais dans une campagne plus vaste qui visait à augmenter les finances tout en courtisant l’Empereur. Vladimir joua également les extrémités contre le centre, formant des partenariats lucratifs avec des Maisons Mineures alors qu'il acheminait des dons sous diverses étiquettes dans les comptes impériaux. Il achetait des investissements à des Maison Mineures avec la garantie d'un pourcentage (moins l'amortissement et les frais généraux), tout en s’arrangeant pour soudoyer, avec des honoraires consultatifs, les administrateurs du CHOM eux-mêmes, afin de s’assurer leur acceptation. La Maison Corrino, naturellement, recevait des redevances en sous la table, avec les conscriptions, des matières premières et des produits finis, aux « conditions négociées », un euphémisme pour pots-de-vin. En effet, une grande partie de la réussite de Vladimir fut attribuée à son instinct infaillible pour la synchronisation entre la mise en place et le paiement des pots de vin. Lorsque ses pratiques financières furent remises en question lors d’une enquête demandée par une délégation du Landsraad, il dit :

« Le Lanssraad profite des bénéfices des Harkonnen. Le CHOM profite des bénéfices du Landsraad. Et les bénéfices du Chom profitent à tous. Nous devons tous travailler ensemble. La croissance économique nous nourrit et je souhaite simplement être l’engrais qui fertilise le sol. Ceux qui m’accusent de pratiquer la corruption sont ceux qui envient tout simplement mon succès. Ma seule réponse est : « Pourquoi sont-ils si pauvres ? »[1]

  On peut détecter l'esprit de Chardin Klees dans cette réplique subtile, et le mentat, même âgé restait redoutable, et peut-être l’instrument le plus précieux que le Baron eut en sa possession durant les trente premières années de son règne. Après la mort de Klees, son homme de confiance,  en 10162, le baron employa une succession de Mentats, des plus tordus aux plus lointains, qu’il tuait dès qu’ils perdaient leur utilité. Personne ne fut jamais en mesure de remplacer Chardin Klees. Dans la même année que la mort de Klees, la fortune de la Maison Harkonnen atteignit des sommets. Il obtint les droits sur le Mélange d’Arrakis, ce à quoi Vladimir avait travaillé longtemps et durement pour l’atteindre. Après plus de trois décennies de manœuvre prudente, il fut récompensé avec la planète la plus riche de l'empire : il était alors âgé de cinquante-deux ans.
  L'épice d'Arrakis était une manne économique pour la Maison Harkonnen. Elle supervisait sa production pour un pourcentage, calculé proportionnellement en fonction du rendement. Le CHOM recevait 20% de la production, répartis  entre les administrateurs et le Landsraad. La Guilde Spatiale recevait 15% (ils avaient prit soin de ne pas paraître gourmand). Le Bene Gesserit recevait  5%, ce qui était une quantité phénoménale du  rendement annuel total. La Maison Harkonnen recevait 20 à 30%, et le reste remplissait les coffres de l'empereur.
  Le contrat pour le mélange contenait implicitement l’incitation à une production maximale, ce qui signifiait l'application « d’un harnais plus serré » et  « un fouet plus dur » pour la population soumise. Le conducteur d’esclaves de Vladimir était l’aîné de ses neveux, le Comte Glossu Rabban (10132-10193), le fils légal de son plus jeune demi-frère, Abulurd, qui avait renoncé au nom et aux droits des Harkonnen pour pour le poste de gouverneur de sous-district de Rabban-Lankiveil. Mais Glossu voulait exercer ses fonctions avec la fermeté des Harkonnen, devenant populaire sur Arrakis comme que Rabban « la bête ».
  Le succès de l’homme de main de Vladimir Harkonnen fit la fortune de la Maison, mais au prix d’une haine éternelle des indigènes,  et plus particulièrement des sauvages Fremen, que le Baron rejetait en les appelant « la racaille du désert ». Il aurait pu leur accorder plus d’attention s’il n’avait pas été aussi impliqué dans la seule affaire  hétérosexuelle de sa vie.
  Vladimir gagna un répit avec l'installation sur Arrakis. Il hérita peut-être d’un peu du romantisme de Gunseng. Ou peut-être désirait-il changer ses goûts — sa  pédérastie réveillait peut-être des doutes au sujet de sa masculinité ou était-il simplement curieux de découvrir d’autres pratiques sexuelles. Qu’elles que furent ses raisons, quand la Révérende Mère Bene Gesserit Croesia lui offrit de lui fournir une partenaire qualifiée dans les arts érotiques, Vladimir ne remis pas en cause ses motivations. Il a jeté un coup d'œil au corps svelte de Tanidia Nerus et il fut séduit. (On pense maintenant, que « Tanidia Nerus » n’était autre que Gaius Helen Mohiam soigneusement sélectionnée, qualifiée et rajeunie.)
  Plusieurs comptes rendu disent que Vladimir l’aimait. D’autres rejettent cette émotion inhabituelle incontrôlable. D’autres encore avancent l’idée que Vladimir prenait Tanidia pour sa mère réincarnée. La vérité est sans doute quelque part parmi ses propositions. Tout ce que l’on sait, c’est que l’affaire fut brève et orageuse. Tanidia s’enfuit subitement d’Harko, pendant son huitième mois de grossesse, dans des circonstances menaçantes, et plus tard, disparu derrière le Bene Gesserit dont elle était sortie secrètement. C’est seulement dans les mémoires de Croesia que l’on trouve un bref échange du rapport de Tanidia à ses supérieures sur ses effusions avec le Baron :

Croesia : Vous savez combien cela nous a coûté. Il ne doit y avoir aucun doute quant à la filiation de votre enfant.

Tanidia : Il n'y a rien à faire, si même les techniques d'éveil subliminaux n’ont rien pu faire pour surmonter son impuissance.

Croesia : Ces techniques n’étaient pas nécessaires avec ses garçons.

Tanidia : Comme indiqué dans notre profil psychologique, sa misogynie est profondément enracinée, mais ambivalente. L’idéalisation inversé de l'anima se reflète sur sa propre enfance. Ainsi, l'amour qu’il ressent pour les jeunes garçons – c’est lui-même dans son propre esprit. Assassiner Muertana fut une libération, mais il y a de fortes raisons de croire que, avant, qu’il ne la tue…

Croesia : maintenant il oscille entre la répression et de la haine, revenant à lui-même
inconsciemment. Bien. C’est un levier, si jamais nous devions en avoir besoin. Vous avez bien fait, ma chère. Vous porterez une fille, bien sûr.

  Cette fille naquit en 10154, c’était Dame Jessica, qui allait devenir la concubine du Duc Leto Atréides et la mère de Paul Muad’Dib.
  Plusieurs siècles d'inimitié séparaient la Maison Harkonnen de la Maison Atréides. Vladimir, sur les conseils de son dernier mantat, l'infâme Piter de Vries, entreprit une campagne destinée à la fois à augmenter la fortune de sa maison et à détruire le Duc Rouge, Leto. Le plan était audacieux, retors, et risqué, mais les ultimes récompenses étaient incalculables.
  Aucun empereur sensé ne pouvait permettre à une Grande Maison de devenir trop puissante. C'est pourquoi Shaddam IV, depuis longtemps, était préoccupé par la Maison Atréides qui exerçait une grande influence dans le Landsraad. Shaddam, et ceci était compréhensible, craignait que le  Landsraad puisse s'unir autour d'une Grande Maison puissante, et ainsi altérer l'équilibre des forces au détriment de l'Imperium. Mais Shaddam avait ses propres ambitions : non seulement il souhaitait maintenir son propre pouvoir, mais il désirait également dominer le Landsraad grâce au contrôle des votes des administrateurs de la CHOM. La Maison Atréides se trouvait sur son chemin. En outre, le Duc Rouge avait formé une petite force militaire qui, au combat au corps-à-corps, égalait ses sardaukar. Ainsi, Shaddam se mit en tête, au fil du temps,  que lui et les Harkonnen seraient un tandem idéal contre avec son cousin royal. Les événements sur Dune, à l'exception de l'incident de la « dent empoisonnée », ne relèvent rien des décisions de Vladimir Harkonnen. Mais cet incident jette une lumière grotesquement comique sur le Baron au moment de sa victoire.
  Après la mort de son père, Vladimir se détourna des exercices physiques pour les arts de la pédérastie et manger pour se détente. En 10191, il était littéralement trop gras pour se déplacer sans l’aide de ses suspenseurs. Au cours de son interrogatoire du Duc Leto, ses suspenseurs lui sauvèrent la vie. Le duc Rouge mordit une dent rempli de poison et souffla le gaz mortel. La réputation d’efficacité mortelle de Vladimir n’était pas à l’image du corps énorme se sauvant hâtivement en  rebondissant — agitant les bras alors qu’il se retrouvait sur le dos — comparé au rire sinistre. Sa propre petite-fille, Alia, l’avait sans ménagement, quelques années plus tard : « il ne ressemble pas à grand-chose, ce n’est qu’un vieil homme peureux, bouffi de graisse, trop faible pour supporter sa propre chair sans l’aide de suspenseurs ».
  C'était une évaluation de l’illusoire grandeur du Baron à apogée de sa carrière illusoire. Avec l'avènement d’Alia, son importance historique prit un caractère unique. Il est donc préférable de continuer sa biographie après la révolte d’Arrakis, car en ce qui concerne sa relation avec Alia, elle y mit fin en le tuant de sa main.

Le Baron et Alia
  Psycho-régénération est un terme trompeur, si commode pour l'image évoquée. Dans le cas d’Alia, seule une fine ligne séparait la  possession des souvenirs génétiques d’une régénération de Vladimir Harkonnen essentielle dans psyché d'instable d’Alia. Pré-née, Alia devait subir une lutte intérieure avec les figures ancestrales dont l'ADN était intrinsèque à sa propre composition génétique, comme un héritage indésirable, mais inévitable. Cette lutte qu'elle perdit finalement, à défaut de parvenir à une alliance, comme Leto II, qui permit la survie de sa propre identité indépendante. Vladimir Harkonnen victoire, étouffa les voix intérieures des autres instances, subsumant progressivement l'intégrité psychique d’Alia, pouvait presque être considéré comme vengeance. Pourtant, ce n’était pas le baron, mais simplement son essence génétique qui se manifestait dans l'esprit d’Alia. L'ironie poétique ici était suprême.
  Quelle était la nature de la manifestation qui émergea après la mort de Vladimir et qui provoqua la prise de conscience d’Alia ? La plupart des documents décrivent la réémergence du Baron qui apparut dans la tête d’Alia comme étant quelque chose qui avait la même forme que le Baron à sa mort — grossièrement obèses, parlant d'une voix de basse. Une telle notion limitée est en contradiction avec le fondement de la possession elle-même, qui est basée sur l'essence génétique, pas sur la  définition ou le développement temporel. Ne serait-ce pas ce gras Baron vêtu de robes rouges qui provoquait la haine et dégoût d’Alia, peu importe la façon dont un tel personnage réprima l’appel des ancêtres désirant une place sur le devant de la scène  dans son esprit ? La meilleure réponse à la question vient de l'art, pas de la psychologie : la perspicacité du  grand Harq al-Harba fournit cela à son public avec une superbe pièce et en même temps nous donne une clé pour comprendre la  psycho-régénération.
  La pièce de théâtre De l’eau pour les morts (10302) raconte les vies entrelacées du Baron Harkonnen et d’Alia. Dans l’acte I, nous voyons Vladimir Harkonnen comme un jeune homme svelte, sportif et beau ; dans l’acte III, c’est une chauve-souris, il est devenu la monstruosité flottante, tué par Alia enfant. Dans le dernier acte, nous voyons progressivement les effets de la possession à travers les actions d’Alia ; mais dans la scène culminante, elle commence à danser avec un partenaire invisible. Comme elle tourne, sa robe d’apparat tourne en changeant de couleur (grâce à l’utilisation d’un champ Holtzman à effet sélectif) du noir au rouge. Quand elle termine son dernier tour, le visage qu’elle présente à son auditoire n’est pas celui d’Alia mais celui de Vladimir dans l’acte I. Voici la réponse.
  Il est stupide de penser qu’une personnalité telle que celle de Vladimir Harkonnen aurait pu s’engager dans une entreprise sans avoir mis en place certains leviers précis dont il aurait pu avoir besoin. Le Vladimir qui existait au sein d’Alia en savait suffisamment à son sujet pour s’en servir en flattant sa beauté, son charme et sa jeunesse, tout ce qu’il faisait était pour son bien à lui – par exemple, lorsqu’elle était frustrée politiquement, il renforçait ses sentiment d’impuissance, ou quand les jeux de pouvoir conduisaient à des désirs sexuels, il faisait en sortes qu’ils soient malsains – Vladimir se présentait alors dans toute sa puissance : masculin, énergique, avec une chaude voix de baryton, exquise et câline, apaisante, convaincante par ses nuances, son intonation, ses inflexions. Il était à la fois un jeune amant et un grand-père autocratique, insinuant sa présence et possédant Alia, et pour cela, il avait eu la combinaison précise requise.
  On ne peut pas imaginer la vivacité avec laquelle il avait été en mesure de s’insinuer progressivement auprès d’Alia, sauf si on veut expérimenter soi-même la possession. Mais l'impact était évidemment puissant, ce qui justifia les craintes du Bene Gesserit quant à l'Abomination. Vladimir était une anomalie : un personnage dont la carrière dura plus longtemps que sa vie ; son fantôme réalisa son grand désir, mettre un Harkonnen qu’il dominait — Alia — sur le trône impérial. Mais dans la mort comme dans la vie les Atréides continuèrent à le contrer. Une dernière observation concerne la forme dans laquelle le Baron s'est manifesté avant qu’Alia ne se jette par la fenêtre et meure : la forme était celle du Baron obèse, les cris vains, sa voix de basse. Cette forme n’aida-t-elle pas Alia à se  propulser pour en finir ? Si oui, alors la chute d’Alia était aussi la chute de la Maison des Harkonnen. S.T.

Autres références :
-          Harkonnen, Gunseng ;
-          Rabban, Glossu ;
-          Atréides, Alia ;
-          Nerus, Tanidia ;
-          Sil, Reeve Perrin, Notes des volontés d’un feu-follet, TR. T.H. (Fides : Manx) ;
-          Révérende Mère Decius Nancy Croesia, Mémoires, trad. Ewan Gwaladar, B.G. Fondation Studies 3 (Diana : Tevis) ;
-          Harq al-Harba, De l’eau pour les morts, dans œuvres complètes, éd. Blaigvor Ewanz (Grumman : Sterne) ;
-          Harq al-Ada, La Catastrophe de Dune, TR. Miigal Reed (Jérémy : Lothar).


[1]Le diable et la mer bleue profonde : Mes années dans la Maison Harkonnen, Rezhinaud Sagi, TR. Leewi Stii, (perfection de Giedi : Trémail).